La RE2020 est expliquée partout en Bbio, Cep et Ic construction. Trois sigles qui ne disent rien à personne en dehors des bureaux d’études thermiques. Résultat : la plupart des gens qui font construire découvrent les contraintes réelles au moment où le plan est déjà dessiné, quand les modifier coûte cher.
Voici la traduction. Ce que la RE2020 interdit, ce qu’elle impose, ce qu’elle coûte, et les décisions qu’elle vous oblige à prendre avant le premier trait de crayon.
RE2020 : à qui elle s’applique vraiment
La RE2020 concerne la construction neuve. Elle s’applique aux maisons individuelles dont le permis de construire a été déposé à partir du 1er janvier 2022, aux logements collectifs depuis le 1er juillet 2022, puis aux bureaux et bâtiments d’enseignement. Depuis janvier 2026, elle couvre dix nouvelles catégories de bâtiments tertiaires : hôtels, restaurants, commerces, crèches et quelques autres, soit environ 70 % du parc tertiaire.
Elle remplace la RT2012 et change de logique. La RT2012 regardait la consommation d’énergie du bâtiment une fois construit. La RE2020 y ajoute deux choses : l’empreinte carbone des matériaux employés pour le construire, et la capacité du bâtiment à rester vivable pendant une canicule.
Et pour une rénovation ?
Non. La RE2020 ne s’applique pas aux travaux sur un bâtiment existant, quelle que soit l’ampleur du chantier. C’est la réglementation thermique dans l’existant qui s’applique, avec des exigences bien plus légères et un cadre différent selon que la rénovation est qualifiée de globale ou par élément.
Cette confusion revient constamment. Si vous rénovez une maison des années 1950 en Alsace, personne ne vous demandera de calculer un Ic construction. En revanche, une extension de plus de 50 m² peut basculer dans le champ de la RE2020 selon sa surface et son mode de raccordement au bâtiment existant. À vérifier au cas par cas avec le bureau d’études.
N’hésitez pas à faire appel à un architecte comme Matthieu Husser pour vous assister.
Les indicateurs de la RE2020, traduits
Cinq indicateurs, plus un critère de confort. Chacun répond à une question simple.
Bbio (besoin bioclimatique) : votre maison a-t-elle besoin de beaucoup d’énergie, indépendamment des équipements installés ? Le Bbio mesure la qualité de la conception elle-même. Orientation, compacité, surface vitrée, inertie, isolation. Une maison mal orientée avec des décrochés partout aura un mauvais Bbio même équipée du meilleur matériel du marché. C’est l’indicateur qui se joue au moment du plan, pas au moment du devis chauffage.
Cep et Cep,nr (consommation d’énergie primaire) : combien consomme la maison en usage réel, tous usages confondus, et quelle part de cette consommation vient d’énergies non renouvelables.
Ic énergie : les émissions de CO₂ liées au fonctionnement du bâtiment, calculées sur 50 ans. Le seuil est fixé à 160 kg CO₂ eq/m² depuis 2022 et n’a pas bougé. C’est cet indicateur qui a de fait écarté le gaz des maisons neuves.
Ic construction : les émissions de CO₂ générées par la fabrication et la mise en œuvre des matériaux. C’est la vraie nouveauté de la RE2020, et l’indicateur qui se durcit dans le temps.
DH (degrés-heures d’inconfort) : combien d’heures par an, et de combien de degrés, la maison dépasse le seuil de confort en été. Le seuil bas est fixé à 350 DH, le seuil haut à 1 250 DH. Au-delà, le projet est refusé.
Quel chauffage reste possible en maison individuelle
Le gaz est écarté des maisons individuelles neuves depuis le 1er janvier 2022, et des logements collectifs neufs depuis le 1er janvier 2025. Il n’y a pas eu d’interdiction formelle du gaz : le seuil Ic énergie de 160 kg CO₂/m² rend simplement le calcul infaisable avec une chaudière gaz. Le résultat est le même.
Ce qui reste possible :
La pompe à chaleur air/eau, solution majoritaire aujourd’hui en maison individuelle. Elle alimente un plancher chauffant ou des radiateurs basse température, et produit l’eau chaude sanitaire.
La pompe à chaleur air/air, moins coûteuse à l’installation mais qui impose une solution séparée pour l’eau chaude, généralement un chauffe-eau thermodynamique.
Le poêle à bois ou à granulés en appoint, associé à une PAC ou à un système électrique. Le bois est bien traité par le calcul carbone.
Le raccordement à un réseau de chaleur, quand il existe. L’Eurométropole de Strasbourg en exploite plusieurs, et un réseau alimenté majoritairement en énergies renouvelables donne d’excellents résultats sur l’Ic énergie.
Un point sur l’existant, puisque la question revient : remplacer une chaudière gaz dans une maison déjà construite reste autorisé. À partir du 1er septembre 2026, une rénovation énergétique aidée par MaPrimeRénov’ ne pourra en revanche plus conserver un chauffage au gaz à l’issue des travaux.
Le confort d’été, la contrainte qui change les plans
C’est l’indicateur que les maîtres d’ouvrage découvrent le plus tard et qui a le plus d’effet sur le dessin.
Le calcul du DH simule le comportement thermique de la maison pendant une séquence caniculaire type. Une maison très vitrée au sud sans protection solaire, avec peu d’inertie et une ventilation naturelle impossible, dépasse le seuil. Le projet ne passe pas.
Les leviers sont connus et se décident sur le plan, pas après :
Une casquette ou un débord de toiture au sud, dimensionné pour bloquer le soleil d’été haut et laisser passer le soleil d’hiver bas. C’est gratuit à la conception, coûteux à rajouter ensuite.
Des brise-soleil orientables ou des volets extérieurs. Une protection intérieure ne sert à rien : la chaleur est déjà entrée.
De l’inertie, apportée par une dalle béton, un mur de refend maçonné ou de la terre crue. Elle amortit les pics de température.
Une ventilation traversante, qui suppose des ouvrants sur deux façades opposées et une distribution intérieure qui laisse circuler l’air. C’est un critère de plan.
En Alsace, cet indicateur est passé de théorique à contraignant. Les étés strasbourgeois de la dernière décennie ont rendu les simulations bien moins confortables qu’au moment de la rédaction du texte.




